ça passe près de chez vous: NO COUNTRY FOR OLD MEN

Les frères Coen reviennent au polar pur jus (de sang), démontrant, après "Blood Simple", "Fargo" & "The Barber" que le sérieux du genre leur va bien. Güte !!!

ça passe près de chez vous: NO COUNTRY FOR OLD MEN

On avait laissé les Coen faire mumuse avec l'endive Tom Hanks le temps d'un "Ladykillers" ronronnant, roublarde comédie s'il en est. Le corps Hanks n'est pas le corps Clooney et le burlesque millimétré avec classe d' "O'Brothers" difficilement exportable dans la carcasse post-ado du-dit Tom, acteur éternellement marqué par ses rôles 80's dans des comédies tels que "Big" ou "Splash", summums d'un certain rire reaganien prônant l'ultra-réussite individuelle. (bon, ça, c'est fait).

Toujours est-il qu'une baisse de régime flagrante marquait le dernier film des Coen. Le syndrôme Allen (du nom du célèbre comique existentialiste new-yorkais) venait de faire des ravages (ou quand la formule devient recette et vice-versa). Un retour aux sources s'imposait, donc. Une bonne petite cure thermale. Dans un geyser. De sang.

Le canevas reste classique: un magot d'argent sale que la roue du hasard fait tomber entre les pattes vénales d'un quidam qui passait par là. Ne reste plus qu'à chorégraphier la danse autour du motif. Une valse sanguinaire avec un Javier Bardem méconnaissable en reine du bal.

On connait le goût des Coen pour les excentricités à poils : c'est Nicolas Cage et ses bacchantes dans "Arizona junior", James Bridges et sa barbe dans "The Big Lebowski" (même Tom Hanks a eu droit à sa moustache, c'est dire). Ici, Javier Bardem arbore une magnifique coupe au bol, sublime invention capillaire rattachant le tueur sanguinaire que Bardem incarne à une certaine mythologie du hippie serial-killer (ou quand le rêve devient menaçant, remember "Helter Skelter"). Face à lui, une nouvelle paire de moustaches dans la focale du duo, celle de Josh Brolin, digne fils de son père, James Brolin, le héros du premier "Amityville" et surtout de l'excellente série B "Enfer Mécanique". Ici, Josh joue la partition du cow-boy entrainé dans une spirale de violence par un Bardem en bras armé d'une drôle de justice quasi-divine (on le rapprochera d'ailleurs de ce qu'est devenu le personnage de John Rambo dans le dernier du nom, icône détaché d'une humanité à la violence assumée. Mais là, point de moustaches).

Tommy Lee Jones en shériff presque retraité passera par là (ici sans moustaches, alors qu'il les porte très bien), toujours un peu à contre-temps, la tête dans les nuages, en réminiscence du personnage joué par Frances MacDormand dans "Fargo"; et nouvelle figure d'une justice humaine qui ne peut se borner qu'à constater la folie des hommes.

Le film commence en thriller magnifiant les paysages et ciels d'une Américana rêvée. Puis vient le crépuscule et, avec culot, la peloche vire au western fantômatique. C'est sur ce terrain que les Coen gagnent la partie, lorsque leur cinéma rejoint les mythes fondateurs américains et joue des codes et passages obligés pour décrypter quel grain de sable appelle la machine. Chemin faisant, les images redeviennent significatives de leur époque, violence et malaise en sus. La fin n'en est que plus triste et l'image qui reste imprimé est bien entendu ce fondu au noir sur le sourire d'un Josh Brolin détendu juste avant le grand saut, seul instant de suspension dans un film serré comme un noeud de marin. À moustaches, bien sûr.



NO COUNTRY FOR THE OLD MEN (Etats Unis - 2007)
de Joel & Ethan Coen
avec Josh Brolin, Javier Bardem, Tommy Lee Jones, Woody Harrelson
Durée : 2h 02min.
Distribué par Paramount Pictures