ça passe près de chez vous : 30 DAYS OF NIGHT de David Slade

Repéré avec son "Hard Candy", thriller bien hardcore sorti en 2005, David Slade était attendu au tournant pour son 2ème film. "30 jours de nuit" ne déçoit pas, déplaçant la tension hyperréaliste de son coup d'essai sur le terrain du fantastique tout en continuant à ne s'intéresser qu'aux personnages et à leurs viscérales motivations. Un cinéaste est né.
ça passe près de chez vous : 30 DAYS OF NIGHT de David Slade
"30 jours de nuit" raconte le calvaire de la population d'une petite ville reculée prise pour cible par une horde de vampires sanguinaires, la grande astuce du scénario étant que cette ville, la plus au nord du continent américain, entame juste une nuit boréale de 30 jours. Imaginez le calvaire de la poignée de survivants qui tente coûte que coûte, entre tempêtes de neige et attaques monstrueuses de traverser ce véritable voyage au bout de la nuit.

En quelques plans significatifs, David Slade rend prégnant le malaise horrifique de la situation. Ainsi, la magnifique plongée verticale sur l'attaque globale de la communauté vient souligner le caractère fataliste de l'attaque, plus coup du sort inéluctable que circonstance prodigieuse. Les vampires, dénués de tout romantisme, apparaissent ici comme les ultimes prédateurs qui, du haut de la chaîne alimentaire, regardent et traitent les hommes comme de simples bêtes que l'on enverrait à l'abattoir. Réduits à suivre (et à redécouvrir) leur instinct de survie, les rares survivants confronteront leur choix d'humanité à la bestialité inhérente de leur condition.

Film de siège par postulat (on pense évidemment à "The Thing" de Carpenter), "30 jours de nuit" dépasse donc son cadre de thriller gore (car quelques plans sanglants viennent émailler le récit) pour s'avancer sur le terrain du drame humain. Jouant à fond la carte de l'onirisme, Slade brouille ainsi les repères espace-temps (chose qu'on lui a reproché) en imposant à son récit une indolence somnambulique qui renforce le côté "cauchemard éveillé" du film. Clé de voute de l'histoire, le personnage du shérif, joué par un Josh Hartnett impressionnant d'intériorité, passe du statut d'anti-héros dépressif à celui de principe actif au cours d'un récit qui culmine lors d'un duel final "total western", duel qui emmène le récit vers sa conclusion déchirante.

Comme tout bon film de genre, "30 jours de nuit" accepte les codes pour mieux leur tordre le coup, déplaçant ses enjeux en cours de récit pour mieux aborder le thème de la condition humaine via un récit imagé et divertissant. Kubrick, avec son "Shining", n'a guère fait plus, et même si "30 jours de nuit" n'atteint pas la perfection du-dit film, il n'en possède pas moins les qualités pour devenir un petit classique. Autant vous dire que l'on attend avec impatience la suite des aventures de Monsieur Slade.