Le nom de Sion Sono circule depuis quelques années déjà dans les couloirs des festivals et les salles de rédaction spécialisée. Moins prolixe que son compatriote Takeshi Miike (avec qui il partage le goût pour les freaks et la désobéissance civile), le japonais est pourtant l'auteur d'une oeuvre fascinante, quelque part entre les exactions populistes du cinéma de genre et les vélléités artistiques du cinéma d'auteur. Premier film du monsieur à atteindre les combos DVD français, "Suicide Club" (2002) va vous exploser les mirettes. Chouette !!!
l'histoire débute par une scène hallucinante. Un groupe de lycéennes qui papotent sur le quai du métro. Une rame arrive bientôt. A pleine vitesse. Les jeunes filles se prennent par la main, s'alignent et sautent tout sourire au passage du train. Des hectolitres de sang viennent éclabousser usagers et spectateurs. Un suicide de masse parmi tant d'autres. La police enquête et soupçonne bientôt que tous ces suicides sont connectés entre eux. Place à l'horrible vérité.
Partant d'un fait sociologique avéré (le suicide est en vogue au Japon, certains candidats se rencontrant même via internet afin d'organiser le "voyage" ensemble), Sion Sono construit son récit en enquête policière pour mieux larguer les amarres au fur et à mesure. Partant d'une scène primale (le suicide inaugural) puis ouvrant la boîte de pandore (avec en guise de boîte l'incroyable ruban de peau qui agit sur le récit à la manière de l'oreille de "Blue Velvet"), le japonais plonge au fur et à mesure dans un onirisme très particulier.
Ainsi, si David Lynch convoque le son, Sion Sono creuse lui direct dans la chair, rappelant du coup les exactions d'un Cronenberg pas encore sevré. Un Cronenberg lyrique, cherchant moins à observer cliniquement qu'à impliquer physiquement. Ainsi, plus l'enquête s'enfonce dans les méandres d'une intrigue convoquant scarification et J-pop, plus le récit perd de sa scientificité au profit d'une poésie funèbre et nihiliste, à l'humour très "à froid" particulièrement tordu et tordant.
Agissant comme une séance d'hypnose, effaçant en cours de récit repères et réalité, le film s'achève sans vraiment rien expliquer ni justifier, sinon la fascinante toxicité du spectacle qu'il offre. Telle est la force de ce "Suicide Club" rare qui, telle le mystérieux ruban de peau de l'histoire, se referme sur lui-même, contenant autant que contenu. La vérité est à l'intérieur.
Prochain film dans notre rubrique DVD, "Noriko's Dinner Table" aka "Suicide Club 0" du même Sion Sono, extension thèmatique de "Suicide Club" disponible dans le très beau coffret regroupant les 2 films (plus moults bonus) édité par KubiK Video.